Deuxième session 15/01/09 : de l'informatique centralisée aux PC en réseau

Les fichiers audio

1. Patrice Flichy - 1965-1975.wav

2. Joaquin Keller - l'informatique distribuée.wav

3. Dominique Cardon - Stewart Brand.wav

4. Christophe Aguiton - questions et fin.wav

Bibliographie

  • Steven Levy, Hackers : Heroes of the Computer Revolution
  • Fred Turner : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network, and the Rise of Digital Utopianism

Patrice Flichy : la période 1965 - 1975

De 1965 à 1975 : les réseaux d'ordinateurs

En 1965, il y a 5000 ordinateurs au monde. De 1965 à 1975, on assiste au passage à une informatique personnelle et en réseau. Cette période est aussi remarquable par l'interconnection très importante entre la recherche universitaire d'un côté, les hackers et les amateurs de l'autre. Aux Etats-Unis, la recherche universitaire est très dynamique, collabore avec des centres de recherche industriels: une recherche très féconde pour ce qui est de la créativité, très stérile pour ce qui est de la mise sur le marché (ex: Bell Labs, Xerox Parc) 3 idées sont centrales pour cette évolution:

  • utilisation individuelle de l'ordinateur
  • importance de l'interaction entre l'ordinateur et l'utilisateur
  • coopération: l'informatique n'est pas du calcul mais des liens entre ordinateurs

Quelques évènements marquants :

  • Au milieu des années 60, c'est l'arrivée du mini ordinateur (taille d'un frigo), développé par la start-up Dec, créée par des informaticiens du MIT.
  • UNIX est créé en 1969 par Bell Labs, conçu pour le monde de la recherche.
  • Les travaux d'Engelbart, convaincu que l'informatique peut augmenter l'intelligence individuelle, commencent vers 1962. Travaux sur les interfaces: souris, le multifenêtrage, le déportage du terminal, la téléconférence... Une partie de l'équipe de Xerox Parc la quitte pour Engelbart.

Une autre famille (sur la côte Est)

Joseph Licklider, un psychoacousticien du MIT, travaille sur le microordinateur. Il développe des thèses sur une possible symbiose homme/ordinateur, fonctionnant en réseau. Il devient ensuite directeur informatique de l'ARPA (United States Department of Defense Advanced Research Projects Agency). L'ARPA est une agence de recherche fondamentale, sans but d'application immédiate. L'armée parie sur le fait que la recherche qui y est conduite aura des retombées dans le monde militaire. Son budget est équivalent à la moitié de celui de la National Science Foundation. Arpanet: idée du réseau d'ordinateurs. A cette époque, les ordinateurs sont des machines quasiment uniques, il existe de nombreux types. L'idée est de connecter les machines pour ne pas devoir payer une machine de chaque type à chaque université. La 1e liaison est établie en 1969; il est à noter que ce réseau sera soutenu pendant 25 ans avant qu'il aboutisse à l'Internet (recherche de rupture). ATT se voit propose de créer le réseau, mais refuse. Le travail central est fait par de très jeunes chercheurs, en collaboration avec BBN (une start up). Ils réussissent à imposer que les code source soient ouverts. Les usagers de l'Arpanet en furent en fait les concepteurs. Le réseau était utilisé pour concevoir le réseau.

Il existe à l'époque d'autres réseaux d'ordinateurs:

Usenet : décentralisé, débute en 1979. Il s'agit à la base d'un module d'envoi de messages ajouté à Unix. Le réseau est structuré autour d'ordinateurs au coeur autour desquels gravitent des ordinateurs secondaires. Il est conçu pour échanger entre chercheurs, est même appelé à un moment « Arpanet du pauvre ». Il s'ouvre aux informaticiens semi-professionnels et aux hackers.

NSFnet

Les hackers

Les hackers sont en général des étudiants en informatique qui ont abandonné leurs études et utilisent les ordinateurs de l'université (par exemple, Berkeley). Ils baignent également dans la contreculture californienne.

Exemples représentatifs de ce mouvement :

  • la People 's Computer Company.
  • L'ordinateur personnel Altaïr (fin 1974, Nouveau Mexique). Il est vendu en kit, on doit le programmer en binaire, et l'interface est à base de diodes clignotantes; il connait pourtant un vif succès.

Pour ces hackers (ex: Steve Jobs), le logiciel est un travail intellectuel qui doit circuler librement. Ils s'opposent à Bill Gates, qui veut créer une industrie dont les produits doivent être protégés. Pourtant, le mouvement social et la création d'entreprise ne s'opposent pas, mais s'articulent l'un l'autre.

Quelques expériences :

  • premier forum électronique, conçus pour les milieux intellectuels: the WELL en 1985. Il est créé par Stewart Brand (on y reviendra plus tard, personnage clé, prônant notamment une alliance entre écologie et nouvelles technologies). The WELL sera géré par des ex-leaders de communautés hippies
  • BBS: l'idée est de connecter des ordinateurs par téléphone; ce projet est conçu pour des amateurs.

Une dernière mouvance utilise ces outils naissants: il s'agit des communautés de hippies, convaincus que les nouvelles technologies vont rendre leur vie meilleure.

En conclusion: une articulation complexe entre universitaires et hackers, beaucoup de croisements entre ces milieux et pas d'antagonisme.

Joaquin Keller : Aspects techniques

Les propriétés essentielles d'internet sont sa robustesse et sa décentralisation. La décentralisation est due au mode de développement du réseau.

Dans les années 60 / début des années 70, il fallait réserver les ordinateurs à l'avance pour les utiliser. Chaque seconde était facturée. Cela appelait à faire les choses en réseau. Le programme devait être transcrit sous forme de cartes perforées, unique format d'entrée pour les ordinateurs.

Pour transmettre les programmes d'un ordinateur à l'autre, on les envoyait par ligne téléphonique. La transmission était peu fiable, on les transmettait donc par paquets pour augmenter la fiabilité. Dans un réseau d'ordinateurs, certains noeuds recevaient ainsi de nombreux paquets et une file d'attente se forme. Chaque paquet a une destination spécifiée. Le rôle des ordinateurs est d'envoyer les paquets à un ordinateur voisin à partir de cette étiquette de destination (commutation de paquets). Nous verrons la semaine prochaine comment se fait le routage.

Dominique Cardon : présentation de « From counterculture to cyberculture »

Ce livre de Fred Turner présente le personnage de Stewart Brand, qui a été un passeur entre la contreculture hippie et le monde de l'entreprise. Quelques réalisations de S. Brand:

  • Whole Earth Catalogue (1968)
  • The WELL (1985)
  • Global Business Network (1987)
  • Wired (1993)

Dans les années 60, deux gauches se différencient: d'un côté une gauche contestataire, revendicatrice, politique, contre la guerre du Vietnam, très militante. Elle fait beaucoup de politique mais ne s'occupe que peu de technologies, elle est hostile au complexe militaro-industriel. De l'autre, les « nouveaux communalistes »: le mouvement hippie, qui théorise, organiser la désertion. Il faut s'exiler et se changer soi-même. Cybernétique et LSD permettent de faire système avec le monde.

Stewart Brand (né en 1938) étudie la biologie à Oxford. Eclectique, il se lie d'abord à des artistes, devient leur photographe, puis part photographier les Indiens dans les réserves, crée en 1968 le Whole Earth Catalogue (le La Redoute des hippies, qui sera édité à 1 million d'exemplaires en 1975). En 1975, suite à l'échec des expériences de vie en communautés, Brand se réinvestit dans la conquête spatiale. De là suivra une réconciliation du mouvement avec les gros industriels.

Deuxième session 15/01/09 : de l'informatique centralisée aux PC en réseau (last edited 2009-01-15 13:53:41 by n1sgir42)

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